Et c'est parti pour le show !

Survivre à un spectacle avec une dépendance visuelle

Virginie

2/8/20264 min read

Ah les spectacles ! Les sons, les lumières, la foule et ses mouvements…

Il est bien loin le temps où je pouvais me rendre à un concert, rester debout dans une fosse, et chanter à tue-tête avec le groupe. Pour être honnête, c’est une question de troubles vestibulaires, mais probablement d’âge aussi, et de personnalité.

Il n’empêche, il y a certains spectacles auxquels on ne peut pas échapper. Ceux de ses enfants, ou petits enfants. Maman de trois enfants, dont deux filles qui ont / ont eu des activités théâtrales, musicales et chorégraphiques, j’assiste à plusieurs spectacles par an depuis des années. Et j’en suis ravie. Sauf dans des périodes où mes troubles vestibulaires prennent le dessus.

L’appréhension débute plusieurs jours avant le spectacle car je sais ce que je vais devoir affronter. Et alors, ou je me laisse dépasser par l’angoisse qui monte à l’idée d’y aller, ou je l’affronte. Dans une situation comme celle-ci, je n’ai pas le choix, je dois l’affronter, car je ne me vois pas faire faux bond à mes enfants. J’estime qu’ils sont déjà souvent limités par mon handicap car je ne peux pas me déplacer avec eux autant que je le voudrais, alors je ne peux absolument pas manquer leurs spectacles.

Hier, j’ai donc assisté au spectacle de ma petite dernière. Elle fait partie de la chorale des adolescents du conservatoire. Thème du soir : Le septième art !

« Mon vieil ennemi : l’escalier ! »

Pour accéder à la salle de spectacle, il y a parfois de magnifiques escaliers. Je n’imagine même si je devais par exemple me rendre à l’opéra Garnier ! Plus l’escalier est large, et haut, plus il est difficile pour moi de monter ou descendre. (On reviendra sur les escaliers dans un article à part !). Dans la salle de ma ville, l’escalier n’est pas très large, et il y a deux rampes sur les côtés. Mais il est droit et assez raide. Et surtout, ils ont eu la bonne idée de rajouter des spots lumineux sur chaque marche. Ben oui… les spots lumineux, c’est beau, non ? Oui, c’est beau, mais c’est insupportable visuellement. Alors je m’accroche à la rambarde d’un côté, je regarde mes pieds quand je monte, ou la personne juste devant moi, et je m’accroche à mon conjoint de l’autre côté. Et quand je dis m’accrocher, c’est m’accrocher. Je pense que je dois lui faire mal parfois quand je le serre ! Quand j’ai passé cette épreuve, c’est vraiment le Ouf de soulagement. L’impression d’avoir gagné Koh-Lanta !

Trouver le bon emplacement !

Pour se sentir bien lors d’un spectacle, ce qui va être le plus important, c’est l’emplacement ! Eh oui, comme lors d’une vente immobilière, l’emplacement, c’est essentiel !! Ni trop bas, pour ne pas se sentir oppressé, pour ne pas avoir à lever la tête vers la scène, pour ne pas être trop près du son et de l’image afin que cela reste supportable. Mais surtout, ni trop haut, car là,  « c’est la caca, c’est la cata, c’est la catastrophe » ! Si je me mets trop haut dans une salle, je suis incapable de regarder le spectacle. J’ai une sensation de vertiges permanents, l’impression que je vais tomber de mon siège. Même si je sais que cela ne peut pas arriver et que je suis bien calée dedans. Sauf que… quand on vient en groupe, en famille, il faut que tout le monde soit d’accord avec la place que vous avez choisie. Alors il faut penser à prévenir en amont : n’oubliez pas, je ne peux pas me positionner n’importe où dans la salle. Et il faut que votre entourage accepte votre choix. Ce qui n’est pas toujours simple, même après des années à leur expliquer ce que vous vivez.

L’attente… avant le spectacle

Attendre… Attendre et observer… Comme vous avez voulu choisir votre emplacement, à moins que vous ayez des chaises réservées, vous êtes en avance. Parfois très avance. Alors vous allez commencer à réfléchir à ce qui peut se passer, à anticiper les problèmes. L’angoisse monte, les questionnements fusent : et si j’étais prise de vertiges pendant le spectacle ? Comment est-ce que je fais pour sortir ? Et d’ailleurs, est-ce que je dois vraiment sortir ? Je vais gêner les autres. Je vais me faire remarquer. Peut-être que je vais même tomber, surtout si je dois avancer dans une semi-obscurité. Le mieux n’est-il pas de se clouer à son siège et d’attendre que l’étourdissement passe ? C’est ce que j’ai fait. L’étourdissement est venu, comme je l’avais prévu. Ou plutôt PARCE QUE je l’avais prévu. Je me suis enfoncée dans ma place et j’ai posé ma tête sur l’épaule de mon conjoint le temps de bien retrouver mes esprits.

Le spectacle a commencé, et même si tout n’a pas été facile et que les stimuli visuels étaient multiples, je me suis concentrée sur ma fille. J’ai pu profiter du spectacle. J’ai même descendu et monté deux fois ces fameux escaliers pour me dégourdir les jambes à l’entracte.

J’ai réussi à surmonter mon trouble parce que je n’avais pas le choix, je le devais à ma fille.

C’est fou comme le fait de « faire pour les autres » nous aide souvent à surmonter nos symptômes. La question sous-jacente, à laquelle je ne peux pas répondre d’ailleurs mais que je vais explorer, est justement : n’est-ce pas parce qu’on a une tendance à être toujours tournée vers les autres, qu’on est pas suffisamment ancré émotionnellement et physiquement, qu’on ne pense pas suffisamment à soi, qu’on finit par développer ce genre de symptômes ?